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Enquête

Dangers et risques du Bisphénol A (BPA)

Publié le 22 janvier 2011

Dangers et risques du Bisphénol A (BPA)

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique utilisé dans la fabrication de plastiques alimentaires et ...

Qu'est-ce que le bisphénol A et où le trouve-t-on ?

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique utilisé dans la fabrication de plastiques alimentaires et de résines. Utilisé massivement depuis les années 1960, le BPA peut se retrouver dans le polycarbonate (PC), le PVC et dans les résines époxy qui, pour éviter un mauvais goût des aliments, tapissent l'intérieur des boîtes de conserves, canettes etc. Il est également présent dans d'autres produits de consommation courantes tels que les récipients alimentaires (bonbonnes d'eau réutilisables, biberons, conditionnements alimentaires...), bouilloires, films alimentaires, mais aussi dans la vaisselle plastique (assiettes, couverts...), certaines amalgames dentaires, les CD, les lunettes de soleil, et même les tickets de caisse (nous y reviendrons), bref en un mot : partout !
Boîte de conserve tapissée de résine d'époxy au BPA
Boîte de conserve tapissée de résine d'époxy au BPA

Comment est-ce que le BPA nous intoxique-t-il ?

D'après une étude américaine, 95% des échantillons d'urine collectés dans la population adulte contenaient du BPA. Cette substance chimique qui est destinée à être en contact avec la nourriture, selon l'AESA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments), est accusée de tous les maux. Lorsque le contenant est chauffé, le BPA se "détache" et infecte les aliments. C'est également le cas lorsque le contenant est à température ambiante selon Éric Houdeau, chercheur à l'INRA (Institut national de recherche agronomique de Toulouse). La migration du BPA augmente en tout cas fortement à haute température.

Quels sont les dangers pour la santé ?

Beaucoup de tests récents, sur des animaux dans un premier temps, ont démontré la toxicité du BPA même à de faibles doses. Il agit comme un perturbateur endocrinien (il interfère avec le système hormonal). En 2008, le programme national de toxicologie aux États-Unis (National Toxicology Program) exprime son inquiétude face au BPA qui serait susceptible d'engendrer des troubles "du cerveau, du comportement, de la prostate chez les fœtus, les nourrissons et les enfants". Le programme a également exprimé sa préoccupation quant à un déclenchement précoce de la puberté chez les filles [1]. Une étude sur des rats montre l'effet que le BPA peut avoir sur l'intestin. Éric Houdeau, responsable de l'étude sur le bisphénol A, explique qu'en utilisant des doses journalières de BPA inférieures à celles admises par l'AFSSA (l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, devenue ANSES) qui sont de 0,05 mg par kilo de poids corporel, il a été "démontré qu'il agit sur l'épithélium intestinal. Il diminue la perméabilité de cette voie d'échange de l'eau et des sels minéraux et occasionne des rétentions d'eau. D'autre part, chez les rats nouveau-nés, une exposition au BPA augmente le risque de développer une inflammation intestinale sévère à l'âge adulte". Le chercheur conclut par : "Nous avons mené une étude sur des cellules intestinales humaines en culture. Elles sont également réactives à ce contaminant alimentaire le plus répandu dans nos sociétés occidentales". En effet environ 3 millions de tonnes de bisphénol A sont produits chaque année dans le monde ! Le bisphénol A favoriserait également l'apparition du diabète, augmenterait les chances d'infertilité, engendrerait des troubles cardio-vasculaires et rendrait moins efficace le traitement par la chimiothérapie lors d'un cancer. Chez l'homme elle baisse la qualité du sperme par une baisse de spermatozoïdes et augmente les risques de déficience sexuelle [2]. Cette substance est jugée, par l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), de "préoccupante pour la fertilité de l'espèce humaine".
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Le BPA pénètre même l'organisme par la peau

Des chercheurs de l'INRA de l'unité Xénobiotiques à Toulouse montrent, par des cultures cellulaires, que le BPA pénètre le corps par voie cutanée [3]. En août 2010, des chercheurs américains se sont aperçus que les hôtes d'accueil et les caissières avaient, dans leurs urines, sang et liquide amniotique, des taux de BPA beaucoup plus élevés que la moyenne. En effet il est présent sous forme libre dans la majorité des "papiers thermiques" (tickets de caisses enregistreuses, reçus de paiement ...). Le BPA, présent dans de grande quantité, y est utilisé comme un révélateur de la coloration d'impression. Partant de ce constat, les chercheurs de l'INRA ont fait des tests sur des explants d'oreilles de porc et ont constaté que qu'elle que soit la dose de BPA déposée, les deux tiers, environ, traversaient la barrière cutanée ! Notons que face à cette nouvelle le groupe Super U a décidé de supprimer les tickets de caisse imprimés sur du papier thermique dans ses 1 400 magasins.
Tickets thermiques au Bisphénol A
Tickets thermiques au Bisphénol A

Qu'elle est la réaction de nos gouvernements ?

La réaction est très différente d'un pays à l'autre. Le Canada, par exemple, a réagi très rapidement, n'attendant pas les confirmations sur les risques que nous avons aujourd'hui, pour interdire le BPA. Fin 2006, le ministre Clément a déclaré "nous nous sommes empressés de prendre des mesures à l'égard du bisphénol A, parce que nous croyons que c'est notre devoir d'assurer que les Canadiens et notre environnement ne sont pas exposés à un produit chimique potentiellement nocif". En avril 2008, le Canada avait annoncé qu'il voulait interdire les biberons en polycarbonate contenant du BPA. En octobre 2010, le gouvernement canadien a affirmé, malgré les pressions des industriels et de la Chine, qu'il ajoutait le BPA à la liste des substances toxiques. L'Australie et plusieurs états américains ont également interdits le BPA. Le Danemark a imposé une interdiction qui concerne tous les produits pour l'alimentation des enfants de 0 à 3 ans. En France, depuis le 1er Janvier 2011 la fabrication et la commercialisation des biberons au BPA sont interdits. L'Union Européenne a décidé d'interdire la production de biberons contenant du bisphénol A en mars 2011 et sa commercialisation à partir de juin.
Des associations se mobilisent comme la Ligue contre le cancer qui a mis une pétition en ligne en demandant un étiquetage systématique du bisphénol A et son interdiction (ici).

Pourquoi est-ce que les différentes mesures avancent si lentement ?

Il faut trouver des matières plastiques (réellement) inoffensives pour l'organisme afin de remplacer le BPA. Il ne s'agit pas de remplacer un agent chimique toxique par un autre. Cette avancée lente pourrait également se justifier, en partie, par les différentes études sur les autres matières de substitution. Mais il y a surtout une très grande pression des industriels. Leurs études, qui sont menées par des laboratoires financés, affirment que le BPA n'est pas dangereux pour la santé comme le montre M. Welshons et M. Von Saal [4]. 11 études financées par les industries chimiques ne montrent aucune nocivité alors que 90% des 104 études indépendantes montrent un risque possible. Certains groupes tels que Elipso (une entreprise de l'emballage plastique souple) ou encore PlasticsEurope (association européenne des producteurs de plastique) sont en désaccord avec toutes ces mesures restrictives face au BPA. Voici ce que l'on peut par exemple lire "[...] les autorités sanitaires du monde entier ont conclu que les objets et matériaux à base de BPA sont sans danger dans leurs usages prévus, à la fois pour les consommateurs et les applications industrielles". Les différentes pressions exercées montrent que l'enjeu financier du bisphénol A est grand. Récemment l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a déclaré, dans une conférence avec 30 experts à huit-clos, que les preuves des études ne sont pas suffisantes et que la mise en place de mesures de santé publique de précaution est prématuré. Voici un discourt qui a de quoi ravir les industries chimiques. Cela a tout de suite fait réagir le Réseau Environnement Santé (RES) : "une telle conclusion est très surprenante, car elle donne l'impression que l'on manque de données scientifiques. Ceci n'est pas conforme à la réalité. On dispose en effet aujourd'hui de près de 500 études publiées selon les règles de la déontologie scientifique, dans des revues à comité de lecture c'est-à-dire validées par les pairs''.

Quelles sont les précautions que l'on peut prendre dès à présent ?

- Préférez le conditionnement des aliments/boissons dans des récipients en verre, céramique ou en tout cas autre que du plastique. Évitez donc les bouteilles d'eau et de sodas en plastique, les aliments conditionnés sous emballage plastique et en particulier les produits gras (plats cuisinés, poisson dans de l'huile, etc.) - Si vous achetez tout de même des bouteilles plastiques : utilisez des bouteilles composées de polypropylène (code 5 ou mention "PP" sur l'emballage) et non en polycarbonate (code 7 ou mention "PC") et dans une moindre mesure code 3 et 6 (voir les différents plastiques dans l'article L'eau en bouteille est-elle dangereuse ?) - Évitez de faire chauffer des récipients en polycarbonate au micro-ondes ou de les laver avec des détergents puissants. - Évitez les boites de conserves tapissées de résine d'époxy ou limiter tout simplement sa consommation en préférant les produits frais et non préparés. Les effets du BPA sur l'environnement :

Principales références

[1]. http://www.fda.gov/newsevents/publichealthfocus/ucm197739.htm [2]. http://www.fertstert.org/article/S0015-0282%2810%2902587-2/abstract [3]. http://www.inra.fr/presse/bisphenol_a_penetrerait_organisme_par_peau [4]. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16256977?dopt=Abstract